Voici, en guise de résumé, les conclusions auxquelles a abouti l’atelier :
1.   L’appel lancé en faveur d’une politique de langue inclusive, en particulier afin de donner aux langues africaines leur place dans la communication et la recherche en matière de santé a été appuyé par toutes les disciplines représentées à l’atelier. Ce fait est perçu comme une partie de la réponse adéquate au double défi que représentent d’une part la menace persistante de la pandémie du SIDA, et d’autre part la fragmentation linguistique endémique   dans   la   région.   Il   est   important   de   noter   que   cet   appel   ne   découle   pas d’arguments centrés sur la langue en tant que telle, mais se base sur le besoin d’une communication inclusive dans un domaine crucial pour la survie individuelle et sociétale. Divers cas d’études ont apporté la preuve indépendante positive ou négative quant à la corrélation étroite entre la communication incluant la langue et la participation véritable.
2.  Le glissement de la perspective de « l’émetteur » au « récepteur », proposé ou supposé, était   généralement       pris   comme      point    de   départ    pour    définir   des   stratégies     de sensibilisation et de motivation aux changements de comportement. Ce dernier, encore peu compris, a été identifié comme une priorité de recherche.
3.  Un discret plaidoyer indépendant s’est fait jour de la part des spécialistes de la médecine et  de   la  langue    (terminologues      en  particulier)   qui  invitent   à  dépasser     la  dichotomie récepteur/émetteur et à reconnaître la « compréhension propre à l’autre » comme nœud épistémique de la quête de stratégies communicatives durables dans la lutte contre le SIDA   et   d’autres   maladies   endémiques.   Des   nombreux   corollaires   ont   émergé   de   ce changement de perspective :
i.     le besoin heuristique s’est articulé en faveur d’une procédure d’enquête prenant
en    compte      la  langue    locale    en   tant  que    prérequis     pour   comprendre « la compréhension propre à l’autre » ;
ii.    la  nécessité     de  ne   pas   considérer     le  discours    parallèle,   voire  contradictoire, comme   source   de   préjudice   ou   de   résistance   à   combattre   ou   à   ignorer ;   mais plutôt comme une ressource permettant d’envisager les problèmes selon le point de vue « des autres » et de générer les arguments et les réponses médicalement et    culturellement     valables     face   aux    problèmes      notoires    de    tabous    et   de stigmatisation.
4.  Comme   corollaire   à   un   modèle   de   communication   inclusive   favorisant   la   construction ollaborative   des   connaissances,   la   manière   dont   les   TIC   pourraient   faire   partie   de   ce processus a été débattue, notamment dans le contexte de la terminologie. L’importance de    cette   dernière    en   tant  qu’« interface     stable   entre   la  langue,     le  locuteur   et   la connaissance d’un domaine spécifique » invite à un changement de paradigme à travers l’intégration   des    TIC   comme     moyen     de   faciliter  la  participation   des   utilisateurs   à  la production des savoirs et de démultiplier le cercle des bénéficiaires.
5.  « S’approprier la connaissance par la population entière dans sa diversité linguistique » a été    défini  dans    l’un   des    papiers    des   participants     issus   des    sciences     naturelles (N’guessan & Cissé) comme but général de la communication relative au VIH/SIDA, but ayant   pour   effet   de   lier   la   communication   à   l’objectif   largement   reconnu   de   la   gestion locale,   qui   constitue   elle-même   une   étape   majeure   dans   la   course   pour   la   maîtrise   et l’éradication finale du VIH/SIDA.
6.  Est-ce que l’allure ralentie de la réduction du VIH/SIDA souvent évoquée pour l’Afrique est due – en partie du moins – à l’absence d’une stratégie compatible au multilinguisme africain et ses effets négatifs sur la qualité et la profondeur du message communiqué ? Le consensus       manifesté     en   la  matière    tout  au   long   de   l’atelier  autorise    à  retenir   la conclusion suivante : Même des investissements modestes permettant de transformer le multilinguisme du handicap en une ressource, en particulier pour les audiences les plus
exposées       aux   effets   négatifs    des   syndromes       du   multilinguisme      et  du   VIH/SIDA, apporteraient   des   dividendes   significatifs   en   termes   d’équité   et   d’égalité   d’accès   aux savoirs.   En   donnant   sa   place   à   la   langue,   la   course   pour   gagner   cette   lutte   pourra indéniablement être considérablement accélérée et ses effets généraux améliorés.