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Exceptionnel ! Images vidéo du singe Roloway sauvage dans la forêt des marais de Tanoé-Ehy

Un article de Elizabeth Claire Alberts, publié sur le site  www.mongabay.com  , en date du 02 juillet 2020

Des caméras dans les cimes des arbres dans la forêt des Marais Tanoé-Ehy, en Côte d’Ivoire, ont récemment capturé la première vidéo connue d’un singe roloway sauvage, une espèce en danger critique d’extinction qui passe la majeure partie de son temps dans les arbres. Selon les experts, il ne reste qu'environ 300 singes roloway à l'état sauvage et 36 individus vivant en captivité, les efforts de conservation sont donc primordiaux pour préserver l'espèce. Les écologistes espèrent également capturer une vidéo du singe colobe rouge de Miss Waldron, en danger critique d'extinction, qui n'a pas été repéré depuis 42 ans.

Lorsque les écologistes ont installé des caméras dans la cime des arbres dans la forêt des Marais Tanoé-Ehy en Côte d’Ivoire, ils espéraient obtenir une vidéo de l’insaisissable singe colobe rouge de Miss Waldron (Piliocolobus waldroni), une espèce en danger critique d’extinction qui n’a pas été repérée depuis 42 ans. Mais au lieu de cela, un autre primate arboricole rare s'est présenté : le singe roloway (Cercopithecus roloway). C'est en fait la première fois qu'un singe roloway sauvage est capturé en vidéo, selon Global Wildlife Conservation, le groupe qui a soutenu le projet de piégeage photographique, avec le Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d'Ivoire (CSRS), Florida Atlantic University, et un certain nombre d'autres institutions et organisations.

"Vous ne pouvez pas suivre les singes dans de telles forêts marécageuses et si vous arrivez à les prendre en photo lorsque vous les rencontrez avant qu’ils ne s’enfuient alors c’est que vous êtes vraiment très chanceux ", a déclaré à Mongabay dans un e-mail le professeur Inza Koné, Directeur Général du Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d'Ivoire et chef d'un Projet de conservation communautaire de la forêt des Marais Tanoé-Ehy. "C’est pourquoi le piégeage par caméra est apparu comme le meilleur moyen d’obtenir des images de la nature. Jusqu'à récemment, la plupart des photos du singe provenaient de captivité. » ajoute-t-il plus loin. Dans quelques courts clips vidéo, on voit deux singes roloway grimper le long des branches d'un arbre ewuliké, à la recherche d'insectes à manger. "Nous avons fréquemment rencontré ou entendu les appels de ce singe dans la forêt", a expliqué, le Docteur André Koffi, chercheur au Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire, qui est directement impliqué dans le projet de piège photographique ; à Mongabay dans un e-mail. "C’est une grande  et belle surprise pour nous  puisque nous n’avons pas beaucoup de vidéos de ce singe. Nous croyons fermement que la prochaine fois que nous allons collecter des images extraites de ces caméras, nous découvrirons de nombreuses autres vidéos du singe roloway. »

Les singes roloway, appartenant à un genre connu sous le nom de cercopithèques, vivaient dans le sud de la Côte d’Ivoire et au Ghana, mais la chasse et le piégeage réduisaient considérablement la répartition de l’espèce. Maintenant, ces animaux vivent principalement dans la forêt des Marais Tanoé-Ehy dans le sud-est de la Côte d'Ivoire. Une "population beaucoup plus petite" a été localisée dans la forêt de Kwabré au Ghana, a déclaré le professeur Koné, ajoutant aussi que quelques individus pourraient également survivre dans la zone côtière de la Côte d'Ivoire. Le singe roloway est répertorié par l'UICN comme une espèce en danger critique d'extinction, avec moins de 2000 individus laissés dans la nature, selon une évaluation de 2019. Une évaluation plus récente menée par le Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire a permis d’évaluer qu’il reste seulement environ 300 individus dans la nature, a déclaré le Professeur Koné. Il y a également 36 singes roloway vivant dans les zoos du monde entier, a poursuivi le Prof. Koné, qui a décrit ces populations captives comme « très petites et fragiles », les individus nécessitant un niveau élevé de soins. Tous ces zoos sont membres du programme EAZA Ex-situ (EEP), dont l’objectif est de maintenir des populations captives pour aider à rétablir les populations sauvages, selon le professeur Koné.

«Ils ont déjà envoyé un mâle au Centre de reproduction des primates en voie de disparition situé au Ghana », a déclaré  Prof. Koné, « et sont sur le point d’envoyer aussi une femelle pour leur offrir la possibilité de se reproduire.» Il y a également des efforts croissants pour protéger le singe roloway dans la forêt des Marais Tanoé-Ehy par la recherche, l'éducation, l'engagement communautaire, la surveillance et la préservation de l'habitat, a déclaré  le Prof. Koné. "Nous sommes sur le point de perdre le colobe rouge de Miss Waldron car il devient évident que nous pouvons trouver quelques individus survivants mais pas une population viable", a déclaré le Prof Koné. "Si nous n'anticipons pas, les singes roloway pourraient être parmi les prochains singes à être exterminés de la surface de la terre." Outre le singe roloway, les caméras de la cime des arbres ont capturé de nombreuses autres espèces, y compris le singe mone de Lowe (Cercopithecus lowei), le calao à huppe blanche (Horizocerus albocristatus), le pangolin à longue queue (Phataginus tetradactyla), le colobe noir et blanc de Geoffroy en danger critique d'extinction (Colobus vellerosus) et le cercocèbe à nuque blanche (Cercocebus lunulatus) en voie de disparition.

Les écologistes espèrent également trouver le singe colobe rouge de Miss Waldron, soit par piégeage par caméra, soit par des techniques d'ADN, qui peuvent aider à identifier la présence d'une espèce à travers des échantillons de sol et d'eau. "Nous prévoyons de faire une enquête par pirogue à la recherche du colobe bai de Miss Waldron pendant la saison des pluies qui commence maintenant et atteindra son maximum au mois de septembre", a déclaré le Dr. Koffi. "Les mammifères tropicaux en général sont difficiles à étudier, mais les espèces arboricoles sont encore plus complexes parce que difficiles à observer dans leur milieu naturel", a déclaré Daniel Alempijevic, un étudiant diplômé de la Florida Atlantic University qui était impliqué dans le projet de piège photographique, dans un communiqué. "Ces enquêtes sur les pièges photographiques de la canopée nous ouvrent un nouveau monde et pourraient finalement être la clé pour trouver le colobe rouge de Miss Waldron. Mais Miss Waldron ou non, il s’agit jusqu’à présent d’une enquête exceptionnelle renforçant l’importance de la forêt des Marais Tanoé-Ehy comme dernier refuge pour certaines de ces espèces. »

Elizabeth Claire Alberts

Ndlr : Article traduit de l'anglais vers le Français par la Cellule Communication du CSRS.



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