PASRES
  • PASRESBâtiment principal du Centre Suisse, qui accueille le Sécrétariat Exécutif du PASRES.
  • PASRESContribuer à l'émergence d'un Fonds National pour la Science, la Technologie et l'Innovation (FONSTI) en Côte d'Ivoire.
  • PASRESFinancer des projets de recherche dans divers domaines scientifiques.
  • PASRESPromouvoir le renforcement des capacités des chercheurs.
  • PASRESFaciliter les échanges Sud/Sud et Nord/Sud.
  • PASRESPromouvoir les résultats de recherche des structures de recherche par des appuis multiformes.
  • PASRESLe PASRES vous souhaite une Bonne et Heureuse année 2019.
PASRES1 PASRES2 PASRES3 PASRES4 PASRES5 PASRES6 PASRES7
css slider by WOWSlider.com v5.5
Date : 30/07/2009

BAZARE Nébi Raymond

Thème: La criminalité liée aux pratiques de sorcellerie dans la région de Divo (RCI).



Au terme de cette étude, il ressort que désormais, nous avons une idée sur la façon d'appréhender la pratique de sorcellerie en tant que phénomène criminel. C'est pour en arriver là, que nous nous sommes fixés, dès le départ, des objectifs qui ont consisté à présenter et décrire des cas de conflits de Sorcellerie à Divo, rechercher les facteurs explicatifs des crimes liés à la Sorcellerie et leurs conséquences et faire des propositions en vue de lutter sainement (ou convenablement) contre le phénomène en Côte d’Ivoire. Pour atteindre ces objectifs, il nous a fallu nous poser les questions de recherche à savoir: Quels sont les actes concrets qui traduisent les crimes de Sorcellerie à Divo ? Quelle est l’ampleur du phénomène à Divo et quels en sont les facteurs explicatifs ? Comment lutte t- on contre ces pratiques et quelles en sont les conséquences ? Quelles propositions faire en vue d’aider à contenir le phénomène ? Cette étude a voulu faire, un temps soit peu, l’état des lieux sur la question des crimes de Sorcellerie à Divo (RCI). Chose qui justifie le fait que nous n’ayons pas formulé d’hypothèses de travail.  Pour atteindre nos objectifs, nous nous sommes rendus dans la Région de Divo ou Région Sud-Bandama (Divo, Lakota, Guitry, Hiré, Fresco, Zikisso). Cette enquête nous a pris pratiquement huit (8) ans depuis la Maîtrise, en passant par le DEA.  Elle s'est déroulée au près d'un échantillon de 500 personnes, retenues par « choix raisonné » (vue surtout que nous ne disposions pas de base de sondage spécifique).  Elle a été possible grâce aux techniques de recueil des données que sont: L'étude documentaire, les observations (directe, participante dans le cadre de la gestion des conflits liés aux pratiques de sorcellerie dans cette localité qui est, en fait, notre région d'origine), l'enquête-interrogation.  Ces techniques, dans ce travail, sont en rapport avec les méthodes de recherche que sont: La méthode historique, la méthode comparative et le structuralisme. Cette étude s’est fondée sur les analyses quantitative et qualitative. Nous avons surtout songé à une étude monographique des crimes de Sorcellerie à Divo. Toutes ces méthodes ont été choisies pour répondre aux exigences d'un cadre de référence théorique que nous avons bien voulu emprunter à Marc AUGE; c'est à dire la théorie interprétative d'ensemble. Cette théorie  englobe : La théorie de l’action maléfique qui se prononce sur le domaine d’action du pouvoir maléfique, sur sa transmission et sa nature ; la théorie de la Sorcellerie qui explique que l’acte de Sorcellerie ne se décèle qu’à ses effets (faiblesse, mort lente de la victime) ; la théorie sociale qui planche sur la guerre des ombres et
ses lois ; la théorie locale qui, aux yeux des populations considérées, rend compte des aléas de l’existence du malheur, des maladies, de la mort.  Au terme du séjour sur le terrain, nous avons pu obtenir les données suivantes: De même que le phénomène de la Sorcellerie, en Occident, a été un grand problème de société et même de santé publique (Violation des Droits de l’Homme, etc.), la pratiques de la Sorcellerie a sévi et sévit encore en Afrique et plus particulièrement en Côte d’Ivoire. Cette pratique endeuille d’une manière ou d’une autre les familles : Quand ce ne sont pas les sorciers qui portent atteinte à la vie, ce sont des conflits de tout ordre et de toute nature qui débouchent sur des coups et blessures volontaires, des homicides, des meurtres et autres actes criminels. Il n’y a pas un seul village dans la région de Divo où l’on n’ait noté des problèmes de Sorcellerie ayant occasionné des violences et voies de faits. Les cas des villages d’Adjéhililié, Ahouati, Gnawalilié, Grémia, Bloudoukou- Penda, Akabia, pour ne citer que ces villages de la région parmi tant d’autres, nous édifient sur la question. Dans ces localités, en effet, des cas flagrants de violation des droits de l’Homme sont observés lors des procès de Sorcellerie au tribunal coutumier. Si rien n’est fait, des fosses communes continueront d’être creusées et les victimes se multiplieront davantage.  Mais s’il y a des conflits autour des questions de Sorcellerie, il faut regarder un peu plus en amont pour noter que des accusations de Sorcellerie portent sur des atteintes à la vie orchestrées par les sorciers- mangeurs- d’âmes. Ainsi pour dire que cette pratique endeuille et appauvrit des familles. Ses auteurs, dans leurs aveux, révèlent leurs actes occultes criminels grâce à des méthodes expéditives que mettent en place les voyants qui les saisissent.  Les facteurs explicatifs du phénomène sont de deux ordres : Ceux expliquant les crimes liés aux conflits de Sorcellerie (accusations de Sorcellerie au sein de la population et celles liées aux pratiques charlatanesques, faiblesse institutionnelle et vide juridique en matière de criminalisation de la Sorcellerie) et ceux liés aux pratiques de Sorcellerie elles- mêmes (facteurs endogènes, exogènes et psychosociologiques).  La société, dans son ensemble, est victime, de quelque façon ou d’une autre, de ce phénomène qui se présente comme un virus anti- humain et anti- développement. Il s’attaque aux personnes et aux biens, nuisant (dès lors) à la vie, au progrès et à l’épanouissement de l’Homme. Il devient, pour ainsi dire, un facteur de non cohésion sociale, un facteur confligène. 
 A ce « fléau », l’on a répondu par toutes sortes d’actions ou d’initiatives : - En Occident, l’histoire a montré que l’on a opposé à la sorcellerie des réponses de « type mécanique » et institutionnel ; mais le tout violant les Droits de l’Homme : Les calvaires, les épreuves d’ordalie inimaginables aujourd’hui, les bûchers, les pratiques préventives contre la peste (qui étaient destinée, en réalité, à brûler les juives), les tribunaux, etc. - De même en Afrique, on assiste à des procès accompagnés de violations des Droits de l’Homme, hier comme aujourd’hui, comme dans le cas de Gomon dans la Sous-préfecture de Sikensi où un accusé a été enterré vivant sous un cercueil. Aussi, l’on note les pratiques de Gôpô et de Guêtê, les escommunications à la suite de l’interrogatoire du défunt, etc.  Ces rites se présentent, à y voir de près, comme des mesures de type primaires, instinctifs, mécanique. Et comme rien n’est fait véritablement pour les canaliser, ils suscitent des conflits de toutes sortes et de toute nature. Ainsi, les conflits de sorcellerie, se présentent, en quelque sorte, comme une invite à la perception de faits cachés, d’activités subtiles organisées en confréries de nuisance qui rongent la société ; et non obligatoirement le fait d’un refus de la mort naturelle, comme le pensent beaucoup d’intellectuels.  Il convient donc de ne pas être complice de cette criminalité liée à une sorte de silence, de mutisme ou à l’indifférence des cadres et des autorités étatiques. Cette forme de criminalité qui se présente plus comme une délinquance du troisième âge, mérite donc qu’on s’y intéresse pour éviter à nos sociétés, les graves violations des Droits de l’Homme auxquelles l’on assiste dans le milieu rural.   Ce serait, là, une occasion pour répondre à ceux qui relèguent la pratique de sorcellerie dans le champ de la croyance, que chaque individu (ou groupe d'individus) s’adonne à ses croyances certes, mais c’est chaque croyance qui a tendance à donner aux différents phénomènes, l’explication qui lui sied ou qui s’inscrit dans le champ qu’elle croît convenir à ses adeptes, qu'elle croit meilleure pour l'univers tout entier ; quand bien même certaines de ces approches seraient le plus souvent erronées. Et c’est ici que naît le flou : flou sémantique, flou épistémologique. Et la science, très souvent, paie les frais des savoirs religieux, surtout au niveau de la définition de la sorcellerie en tant qu’objet et à sa compréhension en tant que phénomène criminel.  Comment donc procéder en vue de l’éradication du phénomène en Côte d’Ivoire, en Afrique et même ailleurs ? 
 Aujourd’hui, nombreuses sont les conclusions qui soutendent qu’il faut aller dans le même sens que les occidentaux pour résoudre les questions de Sorcellerie. Mais ces études perdent de vue le fait que les occidentaux ont utilisé plutard des moyens dont ils « ignoraient » l’efficacité, c'est-à-dire l’Ecole, l’Education, l’Instruction.  L’école se présente donc comme une solution presque radicale mais historiquement « invisible ». Elle agit sur le long terme. C’est certainement pourquoi les occidentaux, euxmêmes, ne l’ont pas perçu tôt. Et la situation est, depuis lors, similaire en Afrique : le milieu rural est davantage dans les ténèbres, dans l’ignorance ; tandis que la ville, avec l’Ecole, se retrouve de plus en plus à la lumière.  C’est l’école qui permet de regarder la réalité avec des lunettes moins symboliques ou moins symbolisantes. Elle favorise l’épanouissement, empêche la jalousie et évite qu’on accuse autrui inutilement et sans preuve.  C’est l’école qui exorcise puisque étant un facteur de démocratisation. C’est par elle que se fait la promotion de la démocratisation sociale.  Et comme en la Sorcellerie, l’on voit désormais un rapport de pouvoir ; c'est-à-dire qu’elle veut niveler la société par le bas, il faut lui opposer l’Ecole, l’Education, l’Instruction ; à côté des médias et des solutions mécaniques révisées. Bien que ces données puissent paraître novatrices, nous tenons à rappeler que tous les mystères de la sorcellerie n’ont pas été élucidés dans cette Thèse. Nous n'avions d'ailleurs pas cette prétention. De nombreux défis attendent encore la Science sur ces questions de Sorcellerie, notamment, pour comprendre avec précision comment le sorcier agit, par exemple, sur sa cible. Les questions relatives à l’aveu ou aux auto- confessions en matière de Sorcellerie, aux pratiques traditionnelles de recherche de la vérité, aux sciences occultes et leurs déviations maléfiques, aux activités criminelles des sociétés secrètes des villages et campagnes, et bien d’autres questions méritent d’être étudiées. Entre temps, l’idée de la création d’un Centre International d’Action et de Recherche sur la Criminalité Sorcière (C.I.A.R.C.S) serait souhaitable. Cet organe pourra intégrer sociologues, juristes, criminologues, officiers de Police judiciaire, voyant- guérisseurs, etc. Et participer, selon les prévisions du législateur, aux enquêtes de Sorcellerie. C’est, à notre sens, l’absence de cette équipe qui est à l’origine de la faiblesse institutionnelle ou du vide juridique en matière de Sorcellerie et qui alimente les conflits de Sorcellerie qui mettent en mal le milieu rural et même le pays tout entier.
Ces données nous ont permis de faire des propositions en vue de la gestion du phénomène, au nombre desquelles :  Pour éviter les confusions, le droit pénal doit songer à une procédure spéciale (précisément une enquête de profilage) : Il s’agira de profiler les recettes poisons et les recettes bactériologiques qui interviennent dans le cas de maladie provoquée par les sorciers (par autopsie médicale, psychique ou autres) ; notre étude aidera certainement le Droit Pénal dans ce sens. Il faut aussi mener des fouilles systématiques dans les cours familiales plus loin, dans les villages en guise d’une sorte d’exorcisme général sur la base de rumeurs, témoignages, suspicions et procédure tout venant ;  On pourra profiler le fétiche-missile dans le cas des meurtres accidentels (accident de circulation, agression de gangsters…) en cherchant à connaître le type de fétiche, leurs propriétaires, ceux ou celui qui les posent, les circonstances dans les quelles ils sont posés…grâce aux apports de certains voyant-guérisseurs que l’on retiendrait pour la circonstance. Précisons à cet effet que c’est sans doute pour fuir les pistes d’éventuelles enquêtes que l’on nous transporte dans la métaphysique quand il est question de sorcellerie. Il faut donc soutenir la logique des enquêtes de sorcellerie puisque, de toutes les façons, la société n’a rien à perdre en y songeant. Des travaux allant des recherches universitaires aux enquêtes policières associant tout le monde (Expert-tradipraticiens ; Agents et officiers de police, de gendarmerie ; criminologues, psychologues, sociologues, juristes…) au sein d’une police spéciale ou d’une Unité d’Enquête sur la Criminalité Occulte dont les rapports pourront éclaircir ces situations complexes de sorcellerie et leurs modes spéciaux de gestion. Lois et décrets pourront règlementer tout ce travail ingénieux et probablement rentable pour la politique criminelle. On palie ici  en notre sens, à la sectarisation de la lutte contre le phénomène dans une nation une et indivisible (dont particulièrement la nation ivoirienne).   On pourrait aussi procéder à un règlement alternatif des affaires de sorcellerie en songeant à la création de centres de traitement et de réadaptation psychique (où on pourrait par exemple autoriser le séquestre psychique des sorciers suspects par des voyants ; prendre en compte le résultat de l’interrogation de la boite noire psychique du défunt (port du cercueil) qu’il faudra améliorer et règlementer après avoir défini et consolidé une base de donnée claire.
 « Les épreuves du poison sont craintes vraiment par les sorciers. C’est pourquoi, ils préfèrent le règlement à l’amiable sous l’arbre à palabre » dira le voyant Ahipo Akadji. De toutes les façons, la constitution ivoirienne a aboli la peine de mort. Il faut donc faire attention à une telle pratique qui risquerait de causer de graves ennuis. Toutefois, il convient de la maintenir comme moyen de pression pour contraindre le sorcier à se révéler. Achevons pour dire que si les voyant-guérisseurs reviennent toujours quand on parle des luttes sorcières fortement retardées par la politique pénale existante, c’est parce que l’écho de leurs actions est fort appréciable sur le terrain (en dehors des pratiques charlatanesques bien sûres qui veulent semer le flou). De toutes les façons, à défaut de trouver le secret du transfert des crimes perpétrés dans le monde spirituel, au monde physique, il serait intéressant de choisir de traquer le mal là où il se réalise (c'est-à-dire se pencher sur les techniques propres à ce domaine et détenues par les voyant-guérisseurs ; comme les américains l’ont si bien réussi  avec la technique du profiling à l’égard des crimes en série).  Nos résultats, enfin, nous confortent dans la thèse ci-dessous que nous avons bien voulu défendre: Notre thèse : La pratique de Sorcellerie a ses énigmes. Toutefois, elle n’est pas imaginaire, encore moins irréelle. Les crimes de Sorcellerie sont liés à deux facteurs majeurs. D’une part, les sorciers portent atteinte à la vie en usant des sciences occultes dans leurs déviations maléfiques : actes qui échappent au contrôle social parce que difficile à prouver. D’autre part, la Sorcellerie suscite des conflits au cours desquels il y a des violences, des meurtres, des assassinats substituts d’une faiblesse institutionnelle, ou encore d’un vide juridique. Sa gestion est problématique à cause de la faiblesse du Droit Pénal qui a ignoré les forces de la gestion du phénomène au plan traditionnel ; et aussi parce que le milieu rural privilégie les solutions mécaniques en lieu et place de l’instruction.