LES ACTIVITES DE RECHERCHE
1. Milieu Naturel et Biodiversité
Les activités dans cet axe se sont développées d’une part autour des recherches portant
principalement sur la botanique (y compris les plantes médicinales), les singes et les
chimpanzés, et d’autre part autour d’initiatives innovantes dans le domaine de la
conservation (bio monitoring).
Dans la plupart des pays tropicaux, l’exploitation forestière et l’agriculture ont entraîné
une forte réduction du couvert forestier. Avec un taux annuel de déforestation de 7,6%.
la situation forestière ivoirienne est encore plus alarmante. Nos travaux en botanique
qui ont porté sur la comparaison de la composition et la structure de fragments à celles
de massifs environnants (bloc Cavally et Goin-Débé et Parc National de Taï) ont
montré que les fragments ont une diversité plus élevée que les massifs. Autour de la
foret classée de Monogaga, nos études mettent en évidence l’existence d’une
opposition entre a) d’une part la perception territoriale des structures officielles
concernant l’organisation des activités basée sur droit foncier et l’accès aux ressources
et b) d’autre part la perception du patrimoine par les communautés locales.
La recherche dans la flore ivoirienne des plantes susceptibles de promouvoir la santé se
poursuit. Les travaux qui ont été menés ont permis d’identifier 12 plantes agissant sur
le parasite Haemonchus contortus responsable des Haemonchoses chez les ovins.
Les études sur les singes continuent à éclairer les aspects comportementaux. Les
résultats indiquent que les comportements de locomotion et de posture adoptés par les
singes sont en relation étroite avec les activités dans lesquelles ils sont engagés et aussi
du type de support utilisé par ceux-ci. Les recherches se poursuivent dans la zone forestière située à l’est du fleuve Sassandra en vue d’y confirmer la présence du
cercopithèque diane roloway (Cercopithecus diana roloway), du cercocèbe couronné
(Cercocebus atys lunulatus) et du colobe bai de Miss Waldron (Piliocolobus badiuswaldronae), trois singes figurant dans la liste des 25 singes les plus menacés au monde.
Ces recherches se basent entre autres sur l’identification des sons. Les primates nonhumains
utilisent des signaux vocaux et non vocaux pour la transmission
d'informations entre des individus de même espèce et/ou d’espèces différentes. Le
répertoire vocal du Colobe Vert dans la forêt de Taï nous a montré que ce Singe
possède huit (8) types de cris unitaires. Trois de ces cris unitaires sont fréquemment
combinés en différentes séquences pour caractériser différents contextes sociaux. Les
recherches sur les comportements s’étendent aussi aux chimpanzés. Des travaux ont
porté sur la dynamique des échanges sociaux chez les chimpanzés sauvages femelles et
mâles de la forêt Taï en se concentrant sur l’épouillage, le soutien agonistic, le partage
de la nourriture, la tolérance au niveau des sites d’alimentation et envers les femelles en
oestrus, et le soin apporté aux jeunes tout en considérant ces actes de comportement
comme avantageux pour les individus concernés. Un grand pan de ces travaux a porté
sur l’observation du comportement alimentaire, notamment par quels mécanismes les
enfants chimpanzés sauvages acquièrent des comportements alimentaires. Les
principaux résultats que nous avons obtenus montrent que les chimpanzés de Taï se
nourrissent en général de plantes dont les fruits (82 %) dominent les autres parties.
Dans leur territoire d’environ 25 km², les chimpanzés doivent retrouver leur nourriture,
qui parfois peut-être abondante et parfois rare. Une carte détaillée du territoire d’un
groupe de chimpanzés sauvages a été réalisée incluant les divers éléments
topographiques remarquables dans le territoire, ainsi que la position de tous les arbres
appartenant à 17 espèces produisant des fruits mangés régulièrement par les
chimpanzés. Pour les chimpanzés, les méthodes classiques de recensement ont des
marges d’erreur tellement importantes qu’il est impossible de les utiliser avec
confiance pour estimer les tendances dans les populations sauvages. Il est de même
difficile d’estimer actuellement le nombre des éléphants et de beaucoup d’autres espèces. Ces limitations handicapent gravement tous les efforts de conservation des
populations animales dans les différents parcs nationaux. Des projets ont été lancés
pour développer des méthodes plus fiables de biomonitoring, afin de réduire
l’intervalle de confiance dans l’estimation des densités de chimpanzés, d’éléphants,
d’espèces de singes et de céphalophes. Les travaux en cours permettront d’identifier les
espèces de mammifères et d’autres espèces animales rencontrées, de déterminer leur zone de répartition et de connaître les facteurs qui influencent leur densité et leur
répartition spatiale.
2. Sécurité Alimentaire et Nutrition
Nos activités majeures dans cet axe ont porté sur la contribution à la sécurité
alimentaire en s’appuyant sur les filières « igname », « manioc » et « cultures
maraîchères » qui ont été enrichies en 2004 par une nouvelle équipe sur la production
animale. Le volet stabilisation du système agricole au Centre Nord du programme
d’appui de la Direction du Développement de la Coopération (DDC) à la réconciliation
en Côte d’Ivoire a permis de 2003-2006 aux chercheurs de s’appliquers au
développement de recherche-cum-action à différents niveaux de la chaîne, allant de la
production au marché. Ces activités étaient complétées par de nombreuses recherches
fondamentales et appliquées qui se poursuivaient en stations expérimentales.
L’augmentation de la demande en igname (Dioscorea spp.) associée à sa forte valeur
marchande expliquent la croissance continue de la production au cours de ces dernières
années. Nos études ont montré que la croissance et la formation du rendement chez
l’igname sont fortement dépendantes de facteurs tant internes (génétiques) et
qu’externes (environnement). La plupart des résultats de ces études sont les premiers à quantifier l’effet croisé de ces facteurs sur la croissance et l’élaboration du rendement
chez l’igname. Un autre projet scientifique sur la diffusion des innovations en milieu
paysan a produit des résultats importants. En effet, suite à l’introduction d’une variété
améliorée d’igname, la diffusion spontanée, c'est-à-dire de paysan à paysan, est plus
importante que la diffusion organisée par la vulgarisation. En outre, la diffusion est
dépendante des caractéristiques de la variété en question. Nos investigations ont porté aussi sur les aspects sensoriels et physicochimiques du foutou instantané d’igname. Les
propriétés viscoélastiques de l’amidon semblent jouer un rôle important lors de la
production des flocons. Par ailleurs, les foutous d'igname (Dioscorea cayenensisrotundata)
sont caractérisés par une texture plus ferme, plus extensible et plus
modelable que ceux de l'espèce Dioscorea alata. Les tests de cuisson ont révélé que le
tissu des D. cayenensis-rotundata absorbe plus d’eau et perd plus de matière sèche par
rapport à celui des D. alata, pendant la cuisson. Les procédures et la qualité des mets
plutôt innovateurs (chips, rösti d’igname) sont en investigation au laboratoire
alimentaire au CSRS.
Bien que considéré comme une culture de second choix, le manioc représente une"culture de subsistance" par excellence dans les pays tropicaux en développement. Nos
essais agronomiques ont été réalisés de 2002 à 2005 à Toumodi dans le Centre de la
Côte d’Ivoire sur 14 variétés améliorées en provenance de l’IITA (Ibadan, Nigéria).
Les rendements en racines tubéreuses fraîches et les teneurs en matière sèche les plusélevés ont été obtenus par les variétés améliorées (63 t/ha et 41 %). Une étude en milieu réel de l’application d’un système de production durable de manioc (Manihotesculenta Crantz) a été conduite avec Nestlé et le programme Prostab de la GTZ au
Centre-Est de la Côte d’Ivoire. Les systèmes proposés ont consisté à tester l’association
manioc améliorée Yavo (issue de résultats de nos travaux d’évaluation variétale
antérieurs), soja vert (Mung Bean) et Gliricidia sepium avec engrais NPK (20 :36 :36)
ou fiente de poule (10 tha-1) comme fumure de fond d’avec le système traditionnel basé
sur l’association manioc local et arachide. Le rendement de la variété introduite Yavo
(40t/ha) s’est avéré largement supérieur au rendement obtenu dans le système traditionnel (13 t/ha). En outre, la variété de manioc Yavo a été résistante aux maladies.
Nos travaux ont continué sur l’attiéké, semoule de manioc cuite à la vapeur, un produit
fermenté de manioc fabriqué traditionnellement. Les tests hédoniques et sensoriels ont
révélé un effet variétal, un effet de l’âge du tubercule plus l’effet d’interaction au
niveau de la qualité organoleptique de l’attiéké. L’étude de la qualité de l’attiéké
traditionnel et amélioré se poursuit dans les autres domaines de qualité comme la
qualité nutritive, physico-chimique et microbiologique. Dans ce dernier domaine, nos
travaux sur les microorganismes responsables de la production d’enzymes ont amené l’isolation d’environ 400 microorganismes pendant les différentes étapes de la
production de l’attiéké. Un quart de ces isolats appartient au genre Bacillus. La toxicité
inhérente de la racine du manioc à cause du linamarin qui se décompose en HCN a
aussi été scrutée. En effet, pendant la fabrication de l’Attiéké, 98% du cyanide sont
détruits, surtout pendant la fermentation, la pression et la cuisson à vapeur. Néanmoins,
suite aux taux de cyanide différents dans la racine fraîche, 5 sur 15 variétés améliorées
de manioc choisies au hasard ne sont pas aptes à la fabrication d’Attiéké parce que la teneur final en HCN dépasse 10mg kg-1 de poids sec.
Parmi les cultures maraîchères, la phytopathologie de la tomate a été étudiée, et il aété montré que la culture sous voile permet d’éviter l’utilisation des insecticides, mais
pas des autres pesticides. Aussi, des variétés ont été identifiées qui donnent des
rendements acceptables (18.5 t ha-1 vs 7 t ha-1) en saison sèche, période normalementévitée par les cultivateurs ivoiriens. La plus récente équipe de l’axe porte sur la
production animale cette équipe étudie depuis 2004 : l’effet des innovations sur le bien-être des éleveurs ivoiriens, l’étude des dynamiques du système, l’analyse
classique de la filière de commercialisation et du capital social. Les premiers résultats
démontrent que les producteurs peuvent être groupés en deux types distincts. Pour leséleveurs illettrés et plus âgés, le cheptel constitue un capital dont le nombre non la
bonne gestion importe plus. Pour les jeunes et lettrés, les animaux sont un outil de
maximisation du bénéfice. Un ensemble de relations complexes influencées par les
perceptions sociales ont été mises en évidence entre les différents acteurs de la filière
(éleveurs, bergers, acheteurs, commerçants, etc.). qui sont influencées par des perceptions sociales.
3. Parasitoses Animales et Humaines
Les activités de recherche au niveau des parasitoses animales ont été orientées dans la
reprise et le prolongement des efforts entrepris entre 2001 et 2003 qui portaient
essentiellement d’une part sur l’impact des tiques sur les métis montbéliarde dans les
fermes modernes et sur les caractéristiques du parasitisme gastro-intestinal, et d’autre
part sur l’étude de la mortalité élevée des veaux N’dama dans la région de Toumodi.
Nous étudions actuellement la diversité génétique d’Ehrlichia ruminantium dans le but
de contribuer à accroître la productivité du cheptel par un contrôle intégré des tiques et
de deux maladies majeures qu’elles transmettent, la cowdriose et l’anaplasmose. Les
premiers résultats de la diagnose montrent une dominance des genres Amblyomma et Boophilus. D’autres études portent sur l’épidémiologie et l’impact des tiques et des maladies transmises par les tiques chez les bovins élevés dans la zone Sud de la Côte
d’Ivoire. Les premiers résultats ont permis, à travers la PCR, d’identifier 5 animaux
positifs pour le groupe des rickettsies (Anaplasma, Ehrlichia) et 13 animaux pour le
groupe des protozoaires (Babesia, Theileria).
Dans le volet des parasitoses humaines, les activités portent essentiellement sur les
schistosomiases, les géohelminthes et le paludisme. Des études antérieures ont montré
que la zone de Man est hyperendémique à la Bilharziose intestinale et que les
infections de paludisme sont essentiellement dues à Plasmodium falciparum. De
nouvelles enquêtes parasitologiques dans la zone ont pu être conduites en milieu
scolaire, avec des prélèvements sanguins et des échantillons de selles et d’urines de
plus de 5.000 enfants âgés de 6 à 16 ans. Les résultats établissent que 65.66% (CI 95%:
64.31-67.01) des infestations plasmodiales étaient majoritairement causées par P.falciparum. Les Géohelminthes sont communs à toute la zone Ouest avec une
prévalence de 26,68 % (CI 95%: 25,51-27,84). La Bilharziose intestinale à Schistosomamansoni est plus focalisée dans la zone de Man avec une prévalence de 44,71 %
(CI 95%: 42,81-46,61). La Bilharziose urinaire (S. haematobium) est observée avec une
prévalence moyenne très faible de 2,21 % (CI 95%: 1,66-2,77). Nos études ont porté
sur la caractérisation génétique des populations de Biomphalaria pfeifferi, mollusque
d’eau douce, hôte intermédiaire de S. mansoni à travers l’étude des flux géniques et
l’évaluation de son implication dans la transmission de la schistosomiase intestinale en
Côte d’Ivoires. Les résultats préliminaires montrent que les caractéristiques des habitats
de mollusques sont variables, la dynamique des populations est variable en fonction du
site de transmission, avec les pics d’abondance de mollusques observés en saison
sèche.
D’importants pas ont été franchis dans l’étude du paludisme, les activités dans les
domaines de l’épidémiologie intègrant divers autres composants (entomologie,
parasitologie et sociologie). Nos études ont permis de montrer que l’agriculture
intensive, particulièrement la riziculture irriguée pratiquée à proximité des habitations,
contribuait à augmenter la transmission et l’incidence du paludisme. Nous avons lancé
une étude d’évaluation d’impact d’actions de prévention et de réduction de l’impact du paludisme consistant à traiter tous les gîtes larvaires potentiels d’Anopheles et de Culex
localisés à 500 m avec deux larvicides biologiques notamment Bacillus thuringiensisvar. israelensis (Bti; VectoBac) et Bacillus sphaericus (Bs; VectoLex). Bacillus thuringiensis var. israelensis a été testé sur différents stades larvaires de Culex sp. et Anopheles sp. à 0,8 mg/litre, 1,6 mg/l et 3,2 mg/l. Bacillus sphaericus a également été
testé sur les différents stades larvaires de Culex sp. et Anopheles sp. à 5 mg/l, 10 mg/l
et 15 mg/l. Les résultats préliminaires ont montré que le Bti est plus efficace que le Bs,
par contre, la période de rémanence du Bs est nettement plus longue (elle est de 16
jours pour le Bs et 4 jours pour le Bt).
Pour mieux orienter et soutenir les actions de lutte contre les parasitoses, une
composante socio-anthropologique a été développée portant sur l’étude des
connaissances, attitudes, pratiques et croyances des populations en relation avec les
systèmes de santé existants. Des enquêtes et entretiens ciblés ont été entrepris afin de
déterminer les représentations, les comportements dans la prise en charge des
affections parasitaires liées à l’eau chez les populations rurales de la région de l’ouest
montagneuse. Les résultats montrent que des trois affections étudiées, le paludisme et
les vers sont socialement reconnus et traités par les populations avec une multiplicité de
types de traitements (plantes, médicaments pharmaceutiques, etc.). Concernant les étiologies, en plus des causes biomédicales connues (moustiques, manque d’hygiène,
etc.), les aliments de base (l’huile rouge et le manioc) de ces communautés sont vus
comme les principales causes du paludisme ainsi que le soleil. La consommation de
viandes et de fruits, et l’absence d’hygiène sont des causes perçues des vers. Pour ce
qui est de la schistosomiase intestinale, elle est mal connue des populations et souvent assimilée à la dysenterie et/ou aux hémorroïdes du fait du signe commun : le sang dans
les selles.
4. Environnement Urbain
Les recherches dans cet axe portent essentiellement sur les syndromes du changement
global qui affectent les populations vulnérables en milieu urbain. Elles ciblent
principalement les questions d’assainissement de l’environnement (notamment les
déchets solides et liquides) et de santé (notamment les maladies majeures de pauvreté :
HIV/SIDA, Paludisme et Tuberculose). Ces activités se conduisent à un niveau
régional d’études communes de cas dit « JACS » pour Joint Areas for Case Studies. En
Afrique de l’Ouest (JACS WAF) le programme comporte des partenaires en Côte
d’Ivoire, au Burkina Faso, au Cameroun, au Ghana, au Tchad, en Mauritanie, et au
Mali. Notamment, une approche d’enquêtes multidisciplinaires a été adoptée ciblant
des habitats pauvres dans deux villes dans la région ouest africaine (Abidjan en Côte
d’Ivoire et Nouakchott en Mauritanie). Ces deux capitales représentent plus de 40% des
populations urbaines de leur pays respectif. L’urbanisation dans les deux villes depuis
les années d’indépendance s’est accompagnée de développement important de quartiers
précaires. D’octobre 2003 à avril 2004, nos enquêtes ont été conduites dans 6 quartiersà Abidjan (1.603 ménages) et dans 3 quartiers à Nouakchott (871 ménages). Les
populations font face aux problèmes principaux dans leurs quartiers avec plus ou moins
de succès en fonction de leurs potentiels dans les 5 domaines de types de biens retenus
par la cadre d’évaluation de la vulnérabilité urbaine selon Moser : le travail, l’habitat,
l’infrastructure sociale et économique, les relations au niveau du ménage, le capital
social. Les résultats illustrent, sur un certain nombre de caractéristiques
environnementales et sanitaires, des différences entre moyennes des villes, mais aussi
entre quartiers d’une même ville (l’hétérogénéité au sein de la ville).
La problématique des déchets solides et liquides est au coeur des difficultés de gestion
des environnements urbains en Afrique de l’Ouest et des soucis en santé publique.
Dans beaucoup de contextes urbains défavorisés, les populations vivent une
superposition des problèmes avec les déchets solides et ceux avec les déchets liquides.
Nos études dans 6 quartiers précaires dans la commune de Yopougon ont établi que les
eaux usées y sont pour la plupart rejetées directement dans les rues, les ordures
ménagères sont jetées dans le canal d’évacuation des eaux usées proche, mais également, dans les rues et les terrains vagues. Dans la zone d’étude, les ordures sont
rejetées dans des canaux d’eaux usées et pluviales qui finissent en lagune au droit de
villages périurbains. Cette situation, avec les problèmes en amont à l’échelle d’un
bassin versant liés aux comportements et pratiques des populations, augmente les
risques de maladies dans les quartiers précaires en amont et dans les villages en aval.
Nos études ont porté sur trois de ces villages lagunaires en aval, exposés à la pollution
lagunaire par les eaux usées industrielles et domestiques issues de la ville. La forte
morbidité des populations dans ces quartiers défavorisés illustre leur particulière
vulnérabilité. Nos études ont pu cartographier 995 gîtes potentiels dont 26% avaient
effectivement des larves de moustiques Anophèles gambiae. Plus de 80% de ces gîtes
larvaires étaient les canaux d’assainissement pluvial et les puits. Nos études sur
l’agriculture urbaine à Abidjan ont montré que un tiers (31,5%) des participants à
l’enquête étaient infectés par Plasmodium ; et parmi les parasites intestinaux, les
infections de T. trichiura sont les plus fréquentes (32.3%), les ankylostomes et A.lumbricoides sont moins fréquents (14,6% et 11,3%, respectivement). Le paludisme
est la maladie dont la prévalence a été trouvée la plus élevée dans nos zones d’études
(variant de 24 à 38%). Le paludisme a fait l’objet d’étude socio-anthropologique
portant sur ce que traduit la métaphore « palu » pour la vulnérabilité urbaine. Le mot« palu » est devenu un symbole verbal qui rend verbaux de nombreux risques de la vie.
D’autres études ont donc porté sur les impacts économiques de la charge de morbidité
palustre. L’étude menée sur la vulnérabilité économique des ménages à faible revenuvis-à-vis du paludisme a révélé que les ménages concernés sont exposés à un risque économique important à cause de leur faible niveau de potentialités. Ceux-ci
consacrent 12 à 14% de leur revenu aux soins palustres et les actifs malades perdent 4 à
7 jours de travail correspondant à une perte de revenu de l’ordre de 13 à 23%. Le
VIH/SIDA est l’autre maladie majeure qui affecte un grand nombre de populations féminines urbaines dans nos zones de projets. Nos études à Abidjan montrent que 52%
des femmes qui ont informé leur entourage de leur séropositivité ont été exclues
d’activités sociales. La principale raison qui les amène à adhérer à une association est
la recherche de soutien moral (81%). Chez les populations de ces quartiers, en dépit de
l’existence d’un programme national de santé de la reproduction et de la panification familiale, les modalités d’adoption de la contraception moderne demeurent encore
complexes. L’enquête menée auprès de 307 ménages dans les 6 quartiers précaires de
la commune de Yopougon (Abidjan, Côte d’Ivoire) a permis de faire ressortir que l’une
des principales explications repose sur le fait qu’il n’y a pas toujours une convergence
d’opinions en matière de planification familiale au sein des couples. Pour faire face au
HIV/SIDA, il faut l’implication de tous, compléter les stratégies ciblant des groupes
cibles par une approche impliquant toutes les composantes d’une communauté. C’est possible avec une nouvelle approche dite « Apprentissage Autodidacte pour la
Durabilité (dit ALS pour Autodidactic Learning for Sustainability) appliquée au VIH/SIDA, développée et appliquée par le Centre pour le Développement et l'Environnement (CDE) de l’Université de Berne (Suisse) sur la gestion des ressources
naturelles, la décentralisation, la résolution de conflit, et la gestion de la communauté.
L’approche a été expérimentée en Côte d’Ivoire dans un quartier précaire de la
commune de Yopougon (Yamoussoukro). Vingt participants issus des différents
segments de la communauté ont pris part à un atelier qui s’est déroulé autour d’un
module composé de 5 thèmes. Les recherches dans l’axe urbain impulsent et
soutiennent des dynamiques de développement local que permet parfois de soutenir le
mécanisme NCCR-NS des projets d’actions en partenariat (dit PAMS pour Partnership Actions for Mitigating Syndromes of global change) .
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